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Les arts plastiques

Forum des Artistes Lorrains :: LE CAFÉ DES ARTS : DÉBATS ET DISPUTES :: Coups de gueule et vociférations des artistes hargneux

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Les arts plastiques

Message par Yann Hovadik le Jeu 20 Jan - 12:34

L'article Wikipedia sur les Arts Plastiques est intéressant :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Arts_plastiques

Morceaux choisis :

L'adjectif plastique semblait nécessaire après l'héritage de l'art moderne, suite notamment au dadaïsme, au collages surréalistes, à Marcel Duchamp et aux pionniers de l'art conceptuel. Questionnant les statuts de l'œuvre et le rôle de l'artiste dans la société, ces mouvements ont élargi les champs du visible en refusant la recherche du beau comme seul fondement et en remettant en cause les hiérarchies des arts, des supports et des médias.

La discipline arts plastiques est un des lieux de formations artistiques, typiquement français et parfois qualifié de pratique critique, entre atelier, école et institut universitaire d'art, au sein des politiques culturelles de l'État.

On peut tout de même appliquer cette notion à la période moderne et contemporaine de l’art que nous situerons à partir de la remise en question de l’académisme puisque c’est à partir de cette période que s’ouvre réellement le champ de l’art.

Une autre rupture fut celle de l’abstraction qui marque la perte d’un repère essentiel : la figuration.

Enfin un autre repère disparaît avec l’avènement du ready-made de Marcel Duchamp : la dimension esthétique de l’œuvre.


L'état met en place des mesures afin d’intégrer un certain type d'art dans la société.

Le premier est que l’état entretient un art en fonction du marché et ceci est en contradiction avec ce que l’artiste revendique depuis toujours, à savoir sa liberté.

L’état assure la divulgation de l’art qu'il prône, tout en rejetant les autres formes d'expression artistique.


C’est l’un des paradoxes de cette partie de l’art actuel puisqu’il veut s’adresser à un public qui s’est élargi mais qui est mis à l’écart de tout le système que cet art met en place.

Aujourd’hui les œuvres ont essentiellement des dimensions philosophiques, conceptuelles, politiques, etc.

l’œuvre d’art actuel, bien qu’elle fasse appel à notre intellect en nous poussant à la réflexion, ceci ne veut pas dire qu’il ne faille plus la regarder, loin de là, puisque c’est ce regard qui la fait être œuvre. En d’autres termes, une œuvre d’art qu’elle soit une simple proposition, ou bien encore un objet non artistique, requiert du public sa faculté à jouer le jeu, c'est-à-dire de « voir » comme art ce qui apparaît être pour lui tout sauf de l’art, et de s’interroger sur ce qu’implique cette décision et sur ce que révèle ce genre d’expérience. Il est tout de même devenu très difficile de comprendre les œuvres d’art actuel puisque la plupart du temps elles mettent en place une réflexion sur leur propre existence (auto-réflexion) qui ne laisse guère de place à une interprétation extérieure. C’est pourquoi l’œuvre devient un langage codé, réservé à des initiés qui connaissent déjà l’œuvre en amont, qui connaissent ce que l’artiste a voulu mettre en place

C'est en effet l'institution qui reconnaît la valeur artistique de l'objet.



Yann Hovadik

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Re: Les arts plastiques

Message par Thierry Marié le Dim 23 Jan - 4:30

Bref, l'idée d'art a été à la fois accaparée et détournée de son sens par l'Etat et le Marché qui en ont fait le contraire de l'art. Il est intéressant d'imaginer ce que serait la médecine, par exemple, si elle subissait le même sort. On dirait alors que la médecine contemporaine n'a plus rien à voir avec la santé et la vitalité naturelle. C'est l'Etat et les industries pharmaceutiques qui décréterait ce qu'est la santé non la sensation de bien-être de chacun. La "santé contemporaine" serait la souffrance et la mort. Le but de la médecine serait d'inventer des maladies originales toutes plus horribles les unes que les autres. Ceux qui continueraient en marge des institutions à soigner et à soulager la douleur des malades seraient considérés comme de gros ringards qui n'ont rien compris à la médecine contemporaine et soupçonnés d'être des fascistes complotant contre le progrès. Dans les écoles, les enfants devraient obligatoirement servir de sujets d'expériences à des médecins contemporains inventeurs de pathologies originales et tous les elèves seraient éduqués dans le sens du culte de la mort.






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Re: Les arts plastiques

Message par Yann Hovadik le Sam 30 Juil - 14:49

Une émission suisse Tard pour Bar ayant pour sujet Art contemporain: qui décide de ce qui est beau?
http://www.tsr.ch/video/emissions/tard-pour-bar/750-tard-pour-bar-art-contemporain-qui-decide-de-ce-qui-est-beau.html#id=750

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Re: Les arts plastiques

Message par Thierry Marié le Sam 30 Juil - 15:06

Un étalage de lieu-communs énoncés par des personnages ternes qui ont l'air de s'ennuyer autant qu'ils ennuient le spectateur. En fait, aucun rapport avec l'art, avec le métier artistique, avec la matière artistique, avec la vie artistique. Ca sent la mort. "L'artologie" est une activité bien sinistre.

Thierry Marié

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Re: Les arts plastiques

Message par Yann Hovadik le Sam 30 Juil - 15:19

Discussion consensuelle et insupportable entre bobos.
Morceau choisi :
"L'art est élitaire! Mais pas pour une élite du fric mais pour une élite de la sensibilité... vous avez des paysans qui aiment Paul Klee... et c'est ça qui est fantastique." Very Happy

Yann Hovadik

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Re: Les arts plastiques

Message par Yann Hovadik le Sam 30 Juil - 15:33

Tout l'art d'aujourd'hui est il contemporain ?


"En France pendant longtemps, la notion d'art contemporain était égale à exclusion de la peinture"

Aucun débat et aucune réponse n'est apportée.

Yann Hovadik

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Re: Les arts plastiques

Message par Yann Hovadik le Dim 31 Juil - 13:21

Un texte intéressant d'un artiste Frédéric Barrau à propos de l'art contemporain :
http://www.artcontemporain.freesurf.fr/

Où en est l'art contemporain ?

La multiplication des musées et autres lieux institutionnels dédiés à l'Art contemporain contribue à élargir son audience jusqu'à toucher un public-tout-venant. Ce dernier s'interroge parfois sur le sérieux, la crédibilité des œuvres qui lui sont présentées, quand il ne va pas jusqu'à les détruire (ce n'est d'ailleurs pas le seul fait d'un public tout-venant le groupe de peinture les "Inflamables" avait lacéré une toile de R.Lichstentein lors d'une FIAC).



Qu'est-ce que l'art contemporain ?
Sur quels axiomes s'appuie t-il ?
Comment fonctionne t-il ?
Quelles sont ses stratégies de communication ?
Peut-on l'évaluer ?

Qu'entend-t-on par "art contemporain" ?
Il ne peut s'agir d’œuvres regroupées sur la base de leur seul caractère de contemporéanité. En ce sens, il faut distinguer l'art actuel de l'art contemporain. L'art actuel comprend aussi bien la peinture au couteau de la Place du Tertre à Montmartre qu'une installation dans une galerie en vue, en passant par le salon des peintres animaliers néo-impressionnistes. Est actuel l'ensemble des pratiques ayant lieu dans ce domaine aujourd'hui sans soucis, de tendances, d'appartenances...

Une des caractéristiques fortes de l'art contemporain est sa rupture avec la notion d'esthétique. Avec l'art contemporain, l'acception du mot art s'est considérablement élargie. L'art ne relève plus, ou pas seulement, de critères esthétiques, c'est à dire d'une recherche du beau. Autrement dit, ce n'est plus une question de formes de contenu, de style, ou de vision de l'artiste.



Si l'art contemporain, tel que nous l'avons défini, abandonne la notion d'esthétique sur quels axiomes s'appuie-t-il ? (axiome = Proposition évidente, première, non démontrable, dont on tire des conséquences logiques.) Il semble qu'il y en ait essentiellement deux :

- Ce n'est pas le contenu mais le contenant qui fait l’œuvre d'art.

L'assertion de Mac Luhan selon laquelle "Le médium c'est le message" s'applique parfaitement à l'art contemporain. Ce qui est déterminant dans la crédibilité et le sens que va prendre un message ce n'est pas ce qu'il dit (son contenu) mais le canal de communication qu'il emprunte pour venir jusqu'à nous, télévision, web, presse... De la même façon, pour qu'une œuvre d'art contemporain ait le statut d’œuvre, il faut qu'elle soit véhiculée par le canal approprié : musée, villa d'un grand collectionneur, monument (ou tout autre commande publique), émission culturelle à large audience, salon d'art international, galerie reconnue... Cela explique aussi que l'on puisse tout montrer : excréments, vieille culotte, oiseau mort, salade. De "l'obscénité" "provocatrice" du funk art, du trash art, en passant par l'insignifiance du minimalisme ou de l'arte povera l'important c'est le lieu où se déploie l’œuvre, sa mise en scène. Ce lieu doit être habituellement dédié à l'art, faire partie du réseau de communication approprié.



- Le discours sur l'art ou l'art du discours comme art.

A la dimension plastique, picturale absente dans l’œuvre d'art contemporain vient se substituer le discours. Le discours ne commente pas l’œuvre, il en fait partie la soutient, voire même en tient lieu c'est le cas de l'art conceptuel. Il s'agit généralement de philosophismes, de truismes, de questions rebattues.

Exemple :
Le spectateur se trouve face à une boîte vide qui n'a pas de fond. Un petit panneau explique que le propos de l'artiste par cette réalisation est de "poser la question de la perception"

Aussi pertinente soit la problématique posée par l’œuvre, il n'en reste pas moins que sur le terrain de la philosophie ou encore des travaux de la psychologie, de la physiologie dans ce domaine, l'artiste et son œuvre restent bien en deçà. On objectera qu'il s'agit non de science mais d'art, or quand on se place du point de vue plastique cette dimension étant quasiment évacuée, c'est faible aussi.

Alors que reste-il ?

Comment l'art contemporain peut-il fonctionner ? Que laisse-t-il au spectateur ?

L'art contemporain est un peu comme un château de cartes. Il s'arc-boute sur ses faiblesses. Il joue la carte de la philosophie, du concept qui reste faible et menace de s'effondrer, et, en même temps la carte de l'art, cette dernière aussi reste faible (quasi absence de tout critère esthétique). Chaque carte deux à deux se tenant debout dans un équilibre précaire grâce au manque de l'autre. On peut aussi formuler cette idée sous la forme d'un dialogue :



"-mais plastiquement il n'y a rien dans cette œuvre

- oui, mais c'est une démarche conceptuelle

- mais philosophiquement cela ne va pas très loin

-oui, mais c'est de l'art "

A lire une vingtaine de fois (en boucle) puis conclure "c'est donc de l'art contemporain "

C'est peut-être là toute la magie de l'art contemporain, cet équilibre entre deux pôles. Il reste dans un entre-deux qui lorsque l'on envisage sous ces deux dimensions reste faible (certes plus ou moins selon que l'on soit face à de l'art contemporain orthodoxe ou non). Mais la perspective ne change-t-elle pas lorsque l'on l'envisage du point de vue de ce télescopage de l'équilibre qui en résulte ?

Quelles sont ses stratégies de communication ?

Au-delà du battage médiatique et de l'utilisation du circuit de l'art, il existe des slogans lancés par l'art contemporain le plus dogmatique.

Voici quelques slogans recueillis au pied d’œuvres d'art contemporain exposées dans des lieux d'art contemporain

* "l'art c'est où on habite" explique un petit panneau accompagnant l’œuvre, ici une installation, une sorte de maison en bois abritant quelques bricoles farfelues.

* "Tout homme est un artiste" un ensemble de traits vaguement circulaires tracés au crayon de papier. L'ensemble étant censé exprimer le primat de l'idée sur sa réalisation.

*Dans une caisse en bois accrochée à la manière d'un tableau sont collés à la verticale divers objets. Au milieu de ceux-ci une petite pancarte où est inscrit "Prière de toucher". Cet ensemble est enfermé dans une caisse de plexiglass -sans doute à l'initiative du conservateur du musée- prévention contre toute velléité tactile du spectateur.

A en croire ces slogans nous serions tous égaux devant l'art, étant tous artiste nous aurions autant accès à l’œuvre (on peut toucher) qu'à sa création (nous sommes tous des artistes) point besoin du circuit de l'art pour cela ("l'art c'est où on habite"). Le lieu, les conditions dans lesquelles on rencontre ces œuvres nous prouvent précisément le contraire. Si chaque homme est un artiste, que nous sommes tous égaux il y en a de plus égaux que d'autres qui exposent à Beaubourg, voire, qui y ont leur maison ( "l'art c'est où on habite").

Pour en finir avec cet antienne de l'égalité il ne faut pas oublier cet artiste qui fait profession d’anonymat et claironne partout, « l’artiste est un ouvrier » qui doit rester anonyme de sorte que pour respecter ses engagements, qu'il a si souvent malmenés, il est absolument nécessaire de ne pas le nommer.

Ces slogans semblant s'inscrire dans le droit fil d'un idéal révolutionnaire. S'ils ne concordent pas avec les faits, ils ont en tous cas pour corollaire, et c'est assez cohérent, la présentation de l'art contemporain comme un art de la rupture. Le thème de la rupture, symptôme de toutes les avant-gardes d'autrefois. Dans le cas de l'art contemporain c'est assez fallacieux tant la provocation, la transgression est de nos jours d'un académisme des plus convenus.

Depuis Dada, la contestation est un académisme, une voie royale ouvrant toute grande la porte des musées (surtout dans les années 70) le tapis rouge de la consécration artistique en quelque sorte.
Il y a là un élan de "belles âmes" de bien vouloir s'autoriser à croire que, par l'exposition d'un réfrigérateur plein à craquer de victuailles dans une galerie en vue où se presse le Tout-Paris, l’on questionne en l'attaquant dans ses fondements la société de consommation.

L'art contemporain s'évalue t-il ?

Le jugement de valeur est éminemment subjectif. Il s'agit d'attribuer une valence positive ou négative à un objet. Produire un jugement de valeur ne demande pas de connaissances particulières des jugements de valeur peuvent s'énoncer pour tout et n’importe quoi exemple : « le soleil c’est mal ».

En amont de ce jugement de valeur, une œuvre, quelle qu’elle soit, devrait toujours être analysée de façon objective sous différentes dimensions clairement explicitées; technique utilisée, recherches préalables, démarche… Le jugement de valeur venant après, selon le poids attribué à chacune de ces dimensions par celui qui émet cette opinion. Cela aurait pour mérite de mettre en perspective un jugement enthousiaste, une condamnation violente, en faisant ressortir la relativité de la grille de lecture utilisée, qui varie selon les individus, l'époque. De même l'appréciation qui pour une même grille d'analyse varie selon l'individu qui l'utilise (le choix des dimensions d'analyse, la plus ou moins grande valeur que chacun leur accorde pour juger de la qualité d’une œuvre est strictement personnelle).

On peut reprocher à l'art contemporain de « brouiller » les pistes pour se soustraire à une analyse objective, ramenant souvent au simple sophisme d'un jugement de valeur. L’art contemporain, son commentaire, ont contribué à lier les dimensions objectives de l’analyse (alors même qu'objectivement certaines de ces dimensions étaient entièrement absentes, c'est le cas de la dimension esthétique; formes, couleurs...) à la subjectivité la plus totale.
De même que L'art contemporain a contribué, sans complexes, à étendre le qualificatif d'artistique à de nombreux domaines, le spectateur doit conscientiser ses attentes vis-à-vis de l'art et exercer audacieusement son jugement, s'émanciper des collusions de l'art contemporain.

La première chose à faire est donc d'arrêter de croire qu'en regardant de l'art contemporain on peut "se faire l'oeil" puisqu'il n'y a quasiment pas de dimension plastique ou esthétique. Au fond, l'art contemporain ne déçoit que celui qui en attend, soit une réflexion philosophique bien menée (mais est-ce possible que ce soit encore de l'art ?) soit un véritable travail plastique. Peut-être que finalement pour apprécier de l'art contemporain, il faut en attendre autre chose.

Frédéric Barrau. peintre.

Yann Hovadik

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Re: Les arts plastiques

Message par Yann Hovadik le Mar 20 Sep - 10:45

Lire cet article Wikipedia sur l'avant garde pour comprendre l'état actuel de l'art :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Avant-garde_%28art%29

Avant-garde (art)


Le terme avant-garde désigne, depuis le XIXe siècle, des personnes qui entreprennent des actions nouvelles ou expérimentales, en particulier dans les arts et la culture. Cette pratique s'inspire des idées de la Révolution française et comme elle, n'exclut pas que s'en réclament des personnages installés au cœur du pouvoir politique et hostiles à la société civile.

L'avant-garde se veut l'opposé exact de l'académisme.

En art, quelques artistes avant-gardistes refusent toutes affiliations avec leurs prédécesseurs et se placent donc en porte à faux en refusant tout art antérieur. Le terme est souvent utilisé en art à propos d'artistes qui "seraient" en avance sur leur époque.

Selon l'avant-garde, la valeur d'une œuvre se confond avec son caractère inouï, en avance sur son temps. Il n'y a pas un modèle éternel du Beau, l'artiste se doit de concentrer dans sa production l'essence de la modernité, encore en gestation, de rompre avec les conceptions artisanales de l'art, avec le culte de la nature et le réalisme de l'art figuratif. Sous une forme moins directement liée à l'idée d'une mission historique de l'artiste, l'avant-gardisme renvoie à une conception individualiste de la création. Tout peut devenir art, si l'artiste le décide, l'artiste étant libéré de tout stéréotype social ou esthétique. « S'il faut en finir avec l'art figuratif, s'il faut cesser d'imiter la nature, c'est pour être enfin pleinement en mesure d'exprimer la subjectivité », écrit Luc Ferry à propos de Kandinsky. L'avant-garde oscille entre une conception, fonctionnelle ou ludique, de l'art comme partie prenante du monde industriel ou post-moderne, et une radicalité provocante, choquante, et pas seulement à l'égard du passé. Cette ambiguïté est très sensible chez Andy Warhol, ou plutôt les divergences des interprètes. Alain Jouffroy dit du Pop art qu'il « est signifiant : il fige le banal quotidien qui fuit autour de nous ; usant d'une technique banale, il tend un miroir glacé dans lequel se reflète une civilisation de consommation ».

L'avant-garde comme expérimentation

Selon Daniel Bell, l'avant-garde ne serait que l'expression de la société libérale contemporaine, qui a su renoncer à l'éthique ascétique du premier capitalisme, et privilégie désormais les valeurs de spontanéité. Cependant, il y a encore dans l'art avant-gardiste une dimension, non pas spontanée, mais bien théorique et même expérimentale, de l'ordre de la déconstruction plutôt que de la provocation gratuite. Paul Valéry soulignait cette affinité de l'art nouveau et de la recherche expérimentale. Si « l'époque fait du neuf machinalement », « cherche à s'imposer par l'étonnement », « la recherche du fait a passé des sciences dans les arts ». L'avant-garde s'est efforcée de rendre explicite les a priori de la conception classique de l'œuvre ou de l'artiste, afin d'explorer de nouvelles propositions, symétriques de celles de l'esthétique constituée, ou de pousser à leurs limites, jusqu’à l'absurde, les propositions classiques. La sérialité met en question l'idée de l'unicité de l'œuvre, la musique tonale conteste la mélodie. La production mécanique conteste l'idée de création. On mettra encore à la torture l'idée d'une différence essentielle entre l'art et la trivialité, comme Duchamp et son célèbre urinoir Fontaine. On crut avoir atteint un point extrême en 1961 lorsque Piero Manzoni produisit "merda d'artista", une boîte fermée censée contenir de ses propres excréments. Mais on a pu par la suite admirer, dans le même ordre d'idée, une machine à produire artificiellement des excréments : Cloaca (Wim Delvoye) .

Malgré ces tentatives originales, Harold Rosenberg parle de « tradition du nouveau », à savoir une sorte de véritable académisme de la rupture, qui laisserait le public généralement assez indifférent.

Avant-garde et question de l'Être

Luc Ferry souligne qu'il est bien question de l'Être dans l'avant-garde, ou du moins chez ses pionniers, et pas seulement de crispation moderniste ou narcissique sans profondeur ni enracinement, de l'ordre de la mode. La mise en cause de la représentation classique s'explique par la recherche de représentations moins faciles mais plus vraies de l'Être, que Luc Ferry rapproche des recherches des mathématiciens sur l'hyperespace.

La tache n'est pas l'apparence d'une tache, elle est seulement une tache. Au nom de la présence du réel, c'est bien l'art lui-même, comme interprétation, qui est contesté. Certains craignent pourtant que la plupart de ces tentatives vaillent davantage par la démarche intellectuelle qu'elles illustrent que par la présence sensible des productions. Selon Jean Clair, critique (très critiqué) des avant-gardes, « plus l'œuvre se fera mince, plus savante son exégèse ».

L'art a-t-il un avenir ?

Là où Jean Clair fait le procès des artistes et de leurs responsabilités, Luc Ferry préfère soulever la question du sens de l'art dans une société qui en a fini avec le sacré, et où la banalité a triomphé de toute transcendance.

Il ne sert à rien de vouloir provoquer dans un monde où rien ne fait scandale, la seule provocation possible est de rompre avec ce relativisme cynique sans passer pour réactionnaire en dépassant le sens esthétique premier pour lui insuffler un sens moral, voire politique.
Cornelius Castoriadis annonce ainsi le possible renouveau d'une authentique culture démocratique.


Le déferlement des images les banalise, entraîne aussi une exténuation du réel lui-même. Dans cette quasi production de masse, le sacré est partout, le star system n'a pas d'autre moteur. En ce sens, on peut même plutôt attendre de l'avant-garde qu'elle déconstruise cette sacralité du spectacle, ce qu'elle n'a d'ailleurs pas manqué de faire. L'art contemporain serait à percevoir comme une simple mise en scène du vide du monde contemporain.

La mise en scène de la banalité n'est pas toujours banale. « Le tragique, écrit Michel Houellebecq, intervient exactement à ce moment où le dérisoire ne parvient plus à être perçu comme fun ». Houellebecq ajoute que « la peinture garde vocation à créer des objets permanents, et dotés d'un caractère propre ; c'est cette nostalgie d'être qui lui donne son caractère douloureux, et qui en fait bon gré mal gré un reflet fidèle de la situation spirituelle de l'homme occidental ».

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Re: Les arts plastiques

Message par Thierry Marié le Mer 21 Sep - 2:33

Pour creuser ces notions, je conseille la lecture d'un ouvrage de référence, inévitable pour les étudiants en philosophie et sociologie de l'art :

L'art de l'âge moderne
http://www.amazon.fr/Lart-l%C3%A2ge-moderne-Jean-Marie-Schaeffer/dp/2070725375

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