Marc Fumaroli répond à la question "y a t_il trop d'artistes ?"

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Marc Fumaroli répond à la question "y a t_il trop d'artistes ?"

Message par carolus le Mar 28 Sep 2010 - 21:26

L'académicien Marc Fumaroli répond à la question "y a t_il trop d'artistes ?"


L'art de notre époque à atteint un tel niveau d'absurdité que d'éminents intellectuels -au lieu de pousser la réflexion- sont réduits à rappeler des évidences :
"L'art se dégrade dans le nombre."
"Les facilités qu'un public non préparé offre aux artistes de second rayon."
"L'art demande une vocation, un travail spécifique, une compétence longuement acquise, qui n'est pas à la portée de tout le monde. Les arts ont toujours été le privilège d'un certain monde qui étaient doués pour eux."


Dernière édition par Yann Hovadik le Mer 29 Sep 2010 - 7:07, édité 1 fois
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Marc Fumaroli : Le Terrorisme de l'Etat culturel

Message par Thierry Marié le Mar 28 Sep 2010 - 21:59

"Partout, à Los Angeles et à Tokyo comme à Paris, on rencontre de riches snobs, économiquement de droite et sentimentalement de gauche, qui éprouvent un besoin irrésistible de financer des « espaces alternatifs » et des « friches » coûteuses, déployant au moins autant de zèle que notre secrétaire d'Etat communiste au Patrimoine. Avec un instinct très sûr dans les deux cas, les snobs de tous pays, amateurs d'« avant-garde » nihiliste et coûteuse, se précipitent vers ce qui leur assure, croient-ils, « distinction » dans leur propre milieu nouveau riche, tandis que nos hauts fonctionnaires culturels, à la remorque de ces mêmes snobs et emballés pour la même « avant-garde » de champ d'épandage, s'assurent par là une supériorité imaginaire sur leurs petits camarades débranchés.

L'histoire n'est pas nouvelle. Toute son équivoque tient à la confusion entre « art moderne » et « art contemporain ». L'art moderne, en concurrence avec un art réaliste et un impressionnisme bien vivants, est apparu à Paris entre 1905 et 1910. Paris est resté sa Mecque et la capitale mondiale de ses artistes jusqu'en 1960 environ. En revanche, sa publicité globale et sa montée en Bourse ont été organisées par le Museum of Modern Art de New York, créé en 1920 sous l'impulsion et avec l'argent personnel de Mrs Abby Aldrich Rockefeller, épouse du richissime John D. Rockefeller et fille d'un autre tycoon, Nelson W. Aldrich. Elle fut secondée par Stephen C. Clark, de la famille propriétaire des machines à coudre Singer, et par Frank Crowninshield, rédacteur en chef du newsmagazine Vanity Fair. Trinité efficace pour l'avenir de l'art moderne parisien, mais dont l'horizon n'avait rien de commun avec celui de la Revue blanche ni avec celui du Minotaure.

A partir de 1960, Manhattan, devenu le centre commercial de l'art moderne, franchit un nouveau pas. Ses « very rich » de la dernière couvée se convertissent à l'anti-art et aux practical jokes dont l'humoriste et dandy français Marcel Duchamp avait été l'évangéliste aux Etats-Unis depuis 1916. New York se pique alors d'être devenue la Mecque de l'« anti-art » contemporain, un tout et un n'importe quoi tellement plus excitants pour la spéculation de nouveaux riches que Picasso, Matisse, Balthus, Henri Laurens, Germaine Richier, Jean Bazaine, Roger Vieillard et autres maîtres incontestés de la tradition parisienne de l'art moderne !

Le Paris des gogos officiels ne tarda pas à donner dans le panneau. Rallié furieusement à l'« art contemporain », dont Niki de Saint-Phalle était alors la muse française, il n'eut de cesse d'humilier la dernière génération d'artistes modernes, qualifiés désormais avec mépris d'« Ecole de Paris ». Le New York d'Andy Warhol et des « installations » avait gagné sa bataille. Plus de rot, mais de la fumée vantée à coups de pub et vendue très cher sous le nom ambigu d'« art moderne et contemporain ». Cet habile label confond fructueusement dans le même sac « culturel » les effets du merchandising et les oeuvres reconnues des maîtres de l'art moderne. High et Low, or et assignats, montent et descendent désormais à égalité, selon l'humeur de la Bourse, sous le marteau du commissaire-priseur.

Le drame en France, c'est que le nihilisme culturel et l'ardeur pour les « squats artistiques » modernes et contemporains ne sont pas, comme en Amérique ou au Japon, cantonnés dans des coteries riches regroupées autour de musées privés, dont l'empire ne s'étend guère au-delà du milieu fortuné de leurs trustees et des belles adresses de chaque grande cité. Tandis que, chez nous, la frénésie des salles de ventes et des openings branchés est devenue une idéologie à prétentions sociales, qui inspire un ministère tentaculaire ayant la volonté et les moyens, depuis sa création à la fin des années 60, non seulement d'imposer au nom de la République et au moyen des subventions un « goût » unique et officiel, mais encore de corrompre ou d'intimider dans ses propres murs les anciennes et saines administrations patrimoniales qui lui ont été léguées par un Etat traditionnellement modeste, mais ayant une tout autre idée de ses responsabilités envers la nation et l'éducation de ses mandants. L'Etat culturel a adopté le nihilisme esthétique mondain comme un impératif démocratique, tout en se targuant d'une exception culturelle expurgée de son sens - car ce nihilisme culturel, par définition mondial, est à la globalisation ce que le vert-de-gris est au cuivre. Telle est l'une des singularités françaises actuelles les plus caractéristiques et les plus acharnées. Elle consiste à affirmer à cor et à cri une identité nationale que l'on a pris soin au préalable de vider de son contenu."



Marc Fumaroli, professeur au Collège de France, membre de l'Académie française, auteur de "L'Etat culturel" (et de bien d'autres ouvrages)

Source : http://www.catallaxia.org/wiki/Marc_Fumaroli:Le_terrorisme_de_l'%C3%89tat_culturel
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