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"C'est génial parce que c'est nul"

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"C'est génial parce que c'est nul"

Message par Gaspard le Ven 23 Juil 2010 - 22:57

Un article de Jean-Luc Chalumeau

"On se souvient peut-être de l'article par lequel Jean Baudrillard, le 20 mai 1996 dans Libération, fit scandale en déclarant que l'art contemporain est nul. Non seulement c'est nul, mais quand vous le dites à un artiste contemporain, il vous répond que, justement, c'est ça qu'il a voulu faire ! Le bluff à la nullité forcerait les gens à « donner de l'importance et du crédit à tout cela, sous le prétexte qu'il n'est pas possible que ce soit aussi nul, et que ça doit cacher quelque chose. L'art contemporain joue de cette incertitude, de l'impossibilité d'un jugement de valeur esthétique fondé, et spécule sur la culpabilité de ceux qui n'y comprennent rien, ou qui n'ont pas compris qu'il n'y avait rien à comprendre... » Le pauvre Baudrillard fut traîné dans la boue par « le monde de l'art », au point de se rétracter un peu piteusement quelques jours plus tard en répondant aux questions courroucées d'une journaliste du journal le Monde : il ne fallait pas prendre son article au sérieux car « l'art, au fond, n'est pas mon problème ».

Plus de dix ans après, en sortant de l'exposition de Thomas Hirschhorn à la Galerie Chantal-Crousel (10, rue Charlot, jusqu'au 10 mars), je me demande si Baudrillard n'avait pas vu clair. Comment décrire cette exposition ? Pour aller vite, citons le Monde du 17 février : « Des vitrines, des mannequins, des visages bouleversés de mille clous... Autant d'éléments qui donnent à son esthétique une allure enragée, parfois à la limite du soutenable, dans les médias, Thomas Hirschhorn a sélectionné une multitude d'images de corps explosés, arrachés, démantibulés par la guerre... » L'exposition s'intitule « Concretion re », elle est accompagnée d'un texte manifeste de l'artiste dans lequel il explique : « Je veux essayer de faire un travail qui est ouvert à ce qui n'est pas positif. Je veux faire un travail qui n'est pas négatif... » Je relis avec inquiétude : veut-il faire du « pas positif », donc du négatif, ou bien du « pas négatif » donc du positif ? Dans les deux cas d'ailleurs, je ne serais guère avancé. Tout le texte est à l'avenant : déclamatoire et obscur. Peut-être dans le but de nous aider à saisir sa pensée, Hirschhorn met à la disposition des visiteurs un texte de Mehdi Belhaj Kacem dont voici la conclusion : « L'homme est une répétition suspendue entre deux événements. L'instant d'une grâce, il lui est donné d'être un événement entre deux répétitions. Qu'est-ce donc que vivre ? Ça. » J'avoue que ma perplexité ne fait que croître.

Heureusement, le FRAC Lorraine qui défend avec ardeur l'oeuvre de Thomas Hirschhorn, vient de publier un livre intitulé In/visible. Collection. Production dans lequel la démarche de l'artiste suisse est explicitée : on respire. Le FRAC a acheté la vidéo Thank you (1995, acquise en 1997) et produit avec Hirschhorn l'installation M2 Social Metz (1996). Dans Thank you, qui dure huit minutes, l'artiste se gifle la joue droite de la main droite pendant quatre minutes, en présentant près de sa joue gauche un collage indiscernable, car la vidéo est floue. Puis, pendant quatre autres minutes, il se gifle la joue gauche de la main gauche en présentant le même collage près de sa joue droite. Commentaire de l'artiste : « Mes vidéos sont ennuyeuses, répétitives, trop longues. Je veux faire quelque chose de si simple que ça en devienne ennuyeux... » De ce point de vue, il semble qu'il a parfaitement réussi. Quant à l'installation M2 Social Metz, elle consiste en une construction en matériaux de rebut précaires, adossée à une « vraie » baraque de chantier, utilisée par des ouvriers turcs dans un quartier défavorisé de la périphérie de Metz. Commentaire de l'artiste pieusement recueilli dans l'ouvrage : « Je veux faire quelque chose de non propre, de sale, de non protégé, car je crois qu'il ne faut pas se protéger ni soi ni son travail. » Là aussi, la réussite de l'artiste paraît complète.

N'allez surtout pas penser que l'on se moque de vous et que c'est, une fois de plus, « n'importe quoi », car une explication est proposée, qu'il faut absolument citer : « Il s'agit moins d'une catharsis que d'une illustration, d'une démonstration que le rôle de l'artiste est de résister à l'intelligence de la société libérale, par la bêtise et l'absurdité. » Vous avez bien lu : la bêtise et l'absurdité sont devenues des armes dressées contre le capitalisme mondial globalisé qui doit en trembler de peur. « Nous ne serons jamais plus malins que le capital », dit Hirschhorn, « je ne veux être ni intelligent, ni habile... »

Si Baudrillard revenait à la charge et accusait les travaux d'Hirschhorn d'être bêtes et absurdes, on devine l'imparable réponse de l'intéressé : « C'est justement ce que j'ai voulu faire. » L'artiste est tout de même assez intelligent et habile pour avoir obtenu le prix Marcel Duchamp, ce qui lui a valu une exposition au Centre Pompidou. Il s'est agi, en l'occurrence, d'une installation exprimant une véritable haine de la culture : une accumulation-suspension de livres déchirés, maculés, troués, traversés par des chaînes. Le président du jury du prix Duchamp, PDG d'une grande société de parfumerie, a alors dit à la télévision qu'il trouvait cette installation belle, émouvante, en un mot « admirable ». Intelligent, le capitalisme ? C'est à voir. Finalement, Hirschhorn n'est nullement un imposteur puisqu'il a le génie de révéler la bêtise et l'indigence des représentants de la « société libérale » : ceux qui, par snobisme, ne veulent pas savoir qu'il n'y a décidément rien à comprendre."

La quatrième édition du livre de Jean-Luc Chalumeau, les Théories de l'art, vient de paraître aux Éditions Vuibert.

Gaspard

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